Février 2016. Déjà presque 1 an que son tumblr avait fait vibrer la toile avec l’annonce du successeur de Channel Orange, prévu pour juillet 2015, qui devait être accompagné d’un magazine nommé « Boys don’t cry ». Mais voilà, l’été s’en est allé et nous voilà condamnés à passer l’hiver sans les rythmes sensuels que nous attendions pour nous réchauffer. Perfectionnisme ? Stratégie marketing ? En l’attendant, une rétrospective musicale.

Ce que Frank Ocean a changé, c’est aussi bien le fond que la forme : de ses mélodies complexes à ses textes forts et intelligents sans être forcement engagés. Du lyrisme léger et l’art de parler de chose graves sur des mélodies douces.

Des chansons qui parlent d’amour contrarié, bien sur, comme « Thinkin about you » – où il est conté l’histoire de quelqu’un dont les yeux « ne pleurent pas, mais hurlent » – Mais aussi des textes plus étonnants et sociologique comme « Super Rich Kids », un titre qui cache non pas une ode au style de vie ostentatoire courant dans les textes hip-hop, mais bien une critique acerbe des pérégrinations de ces adolescents qui manquent d’amour, délaissés par leurs parents, mais qui ne manquent pas de moyens. Très seuls malgré les voitures de luxes et les « bonnes plus souvent là que les parents ». Enfin Frank Ocean c’est de la spiritualité, une idée de la tragédie romantique et du désir.

Ecouter Frank Ocean, c’est sentir cette sensibilité à fleur de peau contrebalancée par des tempos parfois lancinants mais toujours positifs. Comment un musicien ayant grandi à la Nouvelle Orléans ne s’imprégnerait t’il pas du jazz qui y résonne ? La force de l’artiste réside peut être dans la variété de ses influences : les standards de la Motown, Marvin Gaye, Stevie Wonder, Elton John, Prince bien sur, mais aussi ses pairs comme Tyler, The Creator également membre du collectif Odd Future.

Comme David Bowie qui vient juste de nous quitter et dont l’esprit nous hante, Frank Ocean est bisexuel dans un milieu où l’on ne le dit pas. Un milieu où l’homophobie est toujours latente. Et pourtant, suite aux rumeurs, un coming out. Un coming out globalement accepté, soutenu par ses collaborateurs Jay Z et Beyoncé, le roi et la reine de l’industrie, presque un gage de légitimité. Russell Simmons, personnage phare du monde du Hip-Hop écrit même un article de félicitation au Mondial Grind qualifiant son geste de « grand jour pour le hip-hop » et posant la question de la tolérance dans le milieu.

Difficile de mettre une étiquette sur Frank Ocean. Son prochain album pourrait être moins chantant et nous confronter au versant rappeur de cet artiste complet. Ce qui est sur, c’est que Frank Ocean n’a pas fini de nous étonner et que nous retenons notre souffle.