Comme le mensonge pour les politiques ou un but de la tête de Sergio Ramos au foot, « le savoir est une arme » semble être le passage inévitable pour tout rappeur … mais ça commence sérieusement à faire beaucoup.

L’expression est un peu le panthéon de la punchline française, et cela, pour plusieurs raisons. La première, c’est que les termes employés regroupent les deux principaux éléments de la culture rap : l’arme, symbole de la délinquance et de la déviance, et le savoir, symbole de l’écriture et de la connaissance. Le prisme du hip-hop dirions-nous. Et si l’on puise dans les origines de la langue française, rien d’officiel ne semble classer historiquement l’expression. Celle-ci semble définitivement cantonnée au rap jusqu’à épuisement, overdose et surexploitation. Pour mieux comprendre le poids de la problématique, voici une infographie qui regroupe ses chiffres marquants. « Les hommes mentent, mais pas les chiffres », et c’est pas moi qui l’ai dit, c’est Kaaris.

1500. Non, ce n’est pas l’année durant laquelle Snoop Dogg a commencé le rap, mais bel et bien le nombre de fois où l’expression a été utilisée dans le rap français. Pour réaliser cette enquête, j’ai écouté l’intégralité des musiques de rap français. Et deux fois, pour être sur de ne rien rater. Plus sérieusement, le chiffre est basé sur les données Genius à laquelle ont été retirée les artistes pas vraiment considérés comme rappeur (genre Garou ou Céline Dion, bien que le débat soit ouvert pour cette dernière). Et même si la statistique finale est approximative, elle est toutefois particulièrement impressionnante, et ceci, sans compter les trois morceaux qui portent son nom, mais aussi l’album de La Boussole.  Et sur ces 1500 vers, combien de punchlines à dénombrer ? Une petite poignée seulement.


En tentant, une nouvelle fois approximativement, de décompter le nombre de rappeurs qui l’ont prononcé, on arrive à près de 700. Parmi eux, des artistes de tous les horizons du rap français, de Youssoupha à Georgio en passant par IAM et Black M. Très peu ont osé déroger la règle sauf… Jul. On vous laisse le soin de forger vos conclusions seuls sur cette dernière information.

Evidemment parmi ces rappeurs, certains sont plus friands de la maxime que d’autres. Selon mon décompte, la médaille de bronze revient à Booba qui, toute au long de sa carrière a employé onze fois l’expression. Ce que la statistique ne dit pas, c’est que le calcul prend en compte toutes la discographie du Duc, et aussi quand il est en featuring. En outre, l’expression a peut-être été employé par un autre rappeur mais sur le même morceau que lui. Mais bon, complice de meurtre, on dit qu’on accepte quand même ?

En seconde position, Youssoupha. L’auto-proclamé Prims Parolier, possesseur de l’une des plus belles plumes du rap français semble pourtant utilisé avec conviction la poubelle verte quand il s’agit de ses couples. Quatorze fois, soit un total très peu raisonnable. Si l’on retire les featurings, disons qu’on arrive à, minimum dix. Et c’est toujours trop. En tête du podium, j’ai nommé : MÉDINE ! Le rappeur havrais, lui aussi réputé pour sa prose impeccable semble aussi atteint d’un certain syndrome amnésique à la recherche de punchlines. Dix-sept fois, soit un bilan beaucoup, beaucoup trop lourd.

Il est malheureusement le champion incontesté de la catégorie. On dénombre toute de même plusieurs mentions honorables, parmi lesquelles Tunisiano (9), Fababy (8), Rohff (7) ou Take A Mic (6).

En bref

Si le rap est un musical encore jeune, il affiche de trop nombreux rides quand il s’agit d’innové lyricalement. Après 1500 fois, je pense que l’expression n’a, malheureusement, plus rien à offrir au rap français. Il est donc évident que le temps est venu de se tourner vers une autre maxime à démembrer. 1500 fois sérieux… Allez, on dit qu’on arrête ?