Hip-Hop infos France est allé à la rencontre du rappeur Belfortain PihPoh à l’occasion de la sortie de son nouvel album Par Vagues.

Après avoir débuté dans le Scratch, PihPoh (verlan de Hip-Hop) se lance dans l’écriture et dans le rap. S’en suit une collaboration avec DJ Ganjak qui durera plusieurs mois, avant que PihPoh ne se lance en solo et dévoile en 2007 Endoctrinement Musical. Depuis, plusieurs projets ont suivi, mais aussi un tas de destinations ont fait de l’artiste un homme nouveau. Cet apprentissage de nouvelles cultures et par conséquent de nouvelles inspirations a été retranscrit dans le nouvel opus de PihPoh : Par Vagues. C’est à cette grande occasion que nous sommes allés à la rencontre du rappeur.

Tu as découvert le Hip-Hop à l’âge de 13 ans en débutant par le scratch, pour finalement t’orienter vers le rap quelques années plus tard, pourquoi as-tu préféré écrire ?

C’est quelque chose de très bête. J’ai dû revendre mes platines à l’époque donc je me suis retrouvé avec mes cassettes sur lesquelles j’avais enregistré des faces B, et je me suis dit « bon bah écoute commence un peu à écrire ». J’étais vachement attiré par tout le mouvement Hip-Hop, et comme le graff ça n’a jamais été pour moi et la danse non plus et que le scratch ça a toujours été un kiffe, pourquoi pas essayer l’écriture ? C’est clairement venu comme ça avec les faces B sur les cassettes.

Alors justement pour toi qui sont les plus grands dans le domaine du scratch ?

Je pense qu’on peut difficilement faire mieux que DJ Qbert. Je l’ai vu plusieurs fois en live et à chaque fois il m’a vraiment impressionné. Après je t’avoue que je ne suis pas tous les derniers championnats DMC, surtout que maintenant c’est beaucoup avec les Serato donc la technique de scratch a beaucoup changé par rapport à l’époque. Mais moi c’est vrai que j’ai baigné dedans grâce à un mec qui faisait les championnats DMC à l’époque qui s’appelle DJ FRAKASS qui vient aussi de Belfort. Et c’était encore l’époque – sans faire le vieux (rire) – avec les deux piles de vinyles à gauche et à droite et les repères sur les vinyles, moi c’est vraiment ça qui m’intéresse et qui me fait encore bien kiffer. La dernière fois que j’ai vu Qbert il a fait une session à l’ancienne ça m’a bien plu. Après je t’avoue que DJ Pone m’a toujours vachement impressionné en France.

La nouvelle série The Get Down a dû te parler alors ?

Ah oui, mon ancien DJ m’en a parlé justement mais je n’ai pas encore eu le temps de la regarder. Mais ça a l’ai chan-mé.

Tu as beaucoup voyagé l’air de rien : le Brésil, la Palestine, la Serbie, la Colombie, l’Irak, pas mal pour un rappeur franc-comtois ! J’imagine qu’on apprend beaucoup de choses au contact d’autres cultures ?

Ouais clairement après c’est jamais du direct, c’est pas quand t’es là-bas que tu changes. Mais c’est vrai qu’en plus de ça, les concours de circonstances ont fait que je suis allé dans des pays comme le Kurdistan d’Irak, la Palestine, le Brésil, où c’est pas partout la fête. La Colombie et la Serbie aussi. Quand tu reviens, ta vision change. Non seulement par rapport aux paysages locaux, mais aussi l’ambiance, de ce que tu peux voir et de ce que tu peux imprégner. Les sonorités étrangères également, autant les sonorités Kurdes que les sonorités brésiliennes. Donc effectivement, tout ça m’a permis de m’enrichir personnellement, et je pense que ça se retrouve dans mes paroles.

Cover de Par Vagues

Cover de Par Vagues

L’actualité c’est bien sûr la sortie de ton album Par Vagues, cinq ans après Pihpohcondriak. Pourquoi avoir mis autant de temps entre ces deux albums ? Même si tu as sorti plusieurs EP en 2013 et 2015 notamment, et même en juin dernier si je ne me trompe pas.

Entre Pihpohcondriak et Par Vagues il y a un énorme fossé. Musicalement déjà et en terme de flow, d’écriture. En 2011 je travaillais avec mon ancien DJ, et ensuite c’était la rencontre avec mes musiciens. Donc le temps qu’on cherche une couleur qui nous plaisent à tous, parce que c’est vraiment un travail d’équipe. PihPoh maintenant pour moi c’est plus comme un groupe, je le présente comme ça sur scène, on est trois. Et du coup ça a pris énormément de temps. A la base on reprenait les instrus de mon DJ qu’on jouait sur scène, comme on a fait aux Eurocks en 2013 par exemple, puis on a vraiment essayé de trouver notre pâte à nous par rapport à leurs univers musicaux à eux, c’est comme ça que ça s’est fait. C’est vrai que ça a pris énormément de temps pour réellement trouver une couleur et une ligne directrice qui allait nous satisfaire.

Tu as lancé une campagne participative pour financer Par Vagues, tu as obtenu plus d’argent que demandé, un tel soutien t’as fait plaisir j’imagine ?

Complètement !! Sans ces fonds là on n’aurait pas pu sortir l’album, en tous cas pas dans les temps. Et de voir qu’on était vachement soutenu comme ça c’est chan-mé. Surtout qu’on a atteint la somme avant la fin de la récolte. Du coup, tu sais que quand tu sors l’album, il y a des exemplaires qui partent dans toute la France et dans le monde, parce qu’on est suivi aussi par un public étranger. Donc forcément, ce sont des dons de personnes mais c’est des CD qui se vendent, qui vont se retrouver chez les gens et dans leurs oreilles. Effectivement il y a eu un gros soutient, je pensais pas que ça allait fonctionner autant. On m’avait dit de le tenter, et voilà on a tenté. En plus c’était pendant les vacances d’été, c’était un peu risqué mais ça a fonctionné.

Tu as fait un bon nombre de premières parties, plutôt prestigieuses d’ailleurs : Gad Elmaleh, Iam, Orelsan, Disiz, Medine, 1995, laquelle te laisse le meilleur souvenir ?

C’est compliqué comme question… Mais sincèrement, Gad Elmaleh c’était quand même bien fou. Parce que c’était des énormes scènes à chaque fois entre 8 000 et 12 000 personnes, et j’ai pu faire trois fois ses premières parties. C’était à chaque fois un challenge car on se retrouvait vraiment devant un public très large au niveau de l’âge. Certaines personnes n’étaient absolument pas au courant que c’était un rappeur qui allait faire la première partie, personne ne nous annonçait avant. J’en garde un putain de souvenir parce que, en toute humilité, ça fonctionnait à chaque fois. Après Orelsan c’est encore une autre histoire, on s’est retrouvé en Colombie sur les mêmes scènes pendant la tournée. Mais oui c’est compliqué de dire « j’ai préféré ça à ça ».

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Propos recueillis par Valentin Mehn.