Trois ans après l’énorme succès de The Heist, opus glorifié notamment du Grammy du Meilleur Album Rap, le duo Macklemore & Ryan Lewis nous propose leur deuxième album studio, This Unruly Mess I’ve Made. Ce projet est-il à la hauteur ? Hip-Hop infos France vous fournit des éléments de réponse.

Justine

J’ai complètement craqué pour « White Privilege II », le dernier morceau de l’album. Je commencerai par une citation pour vous mettre l’eau à la bouche : « You’re the only hip-hop that I let my kids listen to, cause you get it, all that niggas stuff it isn’t cool. Like all the guns and the drugs the biches and the hoes and the gangs and the thugs » C’est bien évidemment une satire de la suprématie blanche aux Etats Unis. Dans ce titre, les manifestations Black Lives Matter suite aux nombreux meurtres perpétrés par la police sur des Noirs sont évoquées, ainsi que les Miley Cyrus ou autre Iggy Azalea qui se revendique Hip-Hop et les futilités évoquées par leur titre. Macklemore prend le temps de rappeler que le Hip-Hop c’est un mouvement de contestation, qui se doit de dénoncer les injustices des temps où il s’exprime, et que si sa voix peut compter il se doit de parler. Le reste de l’album est plutôt pas mal, Ed Sheeran est là – en même temps, il est partout ! Gros son avec KRS One et Premier, et petite pépite en featuring avec Chance the Rapper, cet électron libre qui fait des merveilles, sur un son aux harmonies des Beatles, également teinté des cuivres et du swing du Rythm and Blues. Je donne un 7 / 10 pour l’ensemble, ça laisse un peu de marge pour que mon avis évolue. Il faut voir quelle valeur prend l’album avec ce qu’en fera l’artiste en 2016.

14/20


 Baptiste

Leurs victoires aux Grammy 2014 les ont amené à un tout autre niveau. Dorénavant, Macklemore et Ryan Lewis sont connus mondialement et on se demandait ce qu’ils préparaient pour assurer la succession de The Heist. Le second album studio du duo est annoncé le 15 janvier via instagram et une vidéo promotionnelle qui décrivait les dessous du projet. En gros Macklemore expliquait qu’il avait eu du mal à créer cet opus, et avait dû s’exiler avec son collaborateur pour retrouver l’inspiration. Ainsi, le 26 février 2016 est dévoilé au monde This Unruly Mess I’ve Made.
L’album commence sur un magnifique son « Light Tunnels » dans laquelle l’artiste raconte le soir glorieux où il a remporté plusieurs Grammy Awards, notamment le Grammy du meilleur album rap. Dedans le rappeur décrit une cérémonie hypocrite où faux sourire et narcissisme se mélangent tout ça dans un but purement commercial. Il cite notamment les Kardashian qui viennent juste pour se montrer. Un son puissant qui place déjà la barre très haute. Mais la suite n’est pas aussi brillante. On enchaîne avec « Downtown » un Thrift Shop 2.0 qui parle cette fois de… mobylette. En featuring, on retrouve Grandmaster Caz, Kool Moe Dee & Melle Mel, des pionniers du rap. Des mecs qui rappaient dans les années 70. C’est tout à l’honneur de Macklemore de les mettre ainsi sur le devant de la scène mainstream. Cela est valable également pour KRS One, DJ Premier, Chance The Rapper, Anderson. Paak et YG. Une mise en avant qui permet également de se légitimer et de dire que lui aussi fait bien partie du monde Hip-Hop. Des sons décalés, il y en a plusieurs : « Brad Pitt’s Cousin », « Dance Off » qui fait penser à « Thriller » de Michael Jackson et où Idris Elba prête sa voix, « Let’s Eat » lui de nourriture. A côté de ça, il y a des sons plus sérieux « Growing Up » feat Ed Sheeran, ou « Kevin », qui parle de son ami décédé d’une overdose de drogue. L’album se termine sur « White Privilege II » qui fait suite à « White Privilege » sorti en 2005 (oui Macklemore ne date pas d’hier). Chanson forte qui a beaucoup fait parler, dans laquelle le rappeur parle du privilège blanc, et décrit sa marche lors des protestations de Ferguson. Il pose aussi la question de l’appropriation culturelle. Bref un sujet risqué dans lequel l’artiste sort de sa zone de confort. Une initiative qui aura plu à certains et déplu à d’autres. Un son qui à lui tout seul provoque de nombreux débats et d’innombrables discussions.

Au final on pourra retenir que l’album comporte de très bons sons mais aussi des chansons sans grand intérêt. Presque tout semble formaté et tout est fait pour faire plaisir aux fans du rappeur. Aucun risque n’est pris (à l’exception de « White Privilege II »). Malgré des productions réussies, il n’y a plus cet effet de surprise, et le style qui sur The Heist était si rafraîchissant commence à s’épuiser.

15/20


Valentin

Avant tout, je dois vous l’avouer, j’écris cette review sur cet album sans réellement bien connaître les artistes. Alors oui, bien sûr j’ai écouté en boucle “Thrift Shop” (sûrement comme vous aussi) et j’ai jeté une oreille à The Heist, je connais un petit peu l’univers et le style de Macklemore. Faute avouée à moitié pardonnée ? J’espère que toi, fan inconditionnel, de l’artiste qui connait sa vie par cœur tout comme ses chansons, tu pourras lire mon avis car il est loin d’être dans le top 3 de mes rappeurs préférés mais ce n’est pas pour autant que je n’aime pas sa musique, au contraire de temps en temps, elle me fait bien kiffer.

Bon, tout d’abord Macklemore arrive en puissance avec “Light Tunnels”, la première chose à laquelle je pense c’est “wahou si je l’entends pas en radio celle-là, il y a un souci”. La voix et le flow si particulier du rappeur est si entraînant, qu’au bout de deux phrases on rentre dans son univers et on se laisse porter par la prod qui épouse parfaitement la voix de Mike Slap mais bon pas le temps de se laisser emporter qu’arrive tout de suite “Downtown” et ses samples plus funky les uns que les autres. Et c’est sur “Brad Pitt’s Cousin” qu’on retrouve le petit Macki de 2012 de The Heist ainsi que l’univers qui lui appartient et qu’il a réussi à créer.

Et là … oui c’est bien un “feat. DJ PREMIER & KRS-One” ok cet album est vraiment trop cool. Plus sérieusement, le mec qui a produit Biggie, Nas, Jay-z, Kanye et j’en passe s’associe à Macklemore et ça déchire, surtout avec le verse de Monsieur KRS. La pression redescend avec “Growing up” et la petite voix d’Ed Sheeran et cette petite instru est aussi douce que le flow de Mack. Séduis par beaucoup de piste sur cet album, je retiens aussi “Kevin” avec la voix de Leon Bridges qui est tellement captivante qu’on se laisse presque bercer pendant 4min40.

Surprise, c’est le mot que je retiens pour définir le 3ème album de Macklemore ! Surpris de la qualité de production de chaque morceaux, surpris par le flow de tous les invités, surpris par la diversité des tracks et heureux de me laisser surprendre à la fin de chaque son en me demandant que nous réserve-t-il pour la prochaine chanson ?

16/20


Mathias

Je fais partie des rares élus à avoir connu Macklemore & Ryan Lewis avant leur fulgurante ascension au sommet du rap game. Autant vous dire qu’à l’époque où personne ne les connaissait, passer un ‘Can’t hold us’ en soirée te valait une dizaine d’agression à base de : ‘c’est quoi ça c’est trop puissant mec, qui fait ce genre de tuerie ?’. Et puis depuis la sortie de ‘Thrift Shop’, tout le monde a dansé et déliré sur le babtou et son flow, et nous d’être un peu dégoutés de voir notre petit génie exposé aux yeux du monde. Alors quand Macklemore, toujours accompagné du non moins talentueux Ryan Lewis, sort un nouvel album, je fais partie de ceux qui l’attendent au tournant. A la découverte de la tracklist, on remarque tout de suite le nombre hallucinant de featuring. 12 des 13 titres de cet album sont le fruit d’une association, notamment avec Ed Sheeran, Chance The Rapper et même, ô surprise, l’acteur Idris Elba (futur James Bond selon la légende ?). ‘This Unruly Mess I’ve Made’ retrouve les productions folles qui ont fait le succès du duo Macklemore & Ryan Lewis. Mais le vrai bonheur de cet album c’est l’absence notoire de trap, malgré une palette de sons plus que large, et toujours dans l’esprit Hip-Hop que l’on aime. ‘Kevin’ (ft. Leon Bridges) et ‘White Privilège II’ (ft. Jamila Woods) sont des titres engagés, aux textes puissants, quand ‘Growing up’ (ft. Ed Sheeran) est posé et veut te faire chiller, et ‘Light tunnels’ (ft. Mike Slap) et ‘Dance Off’ (ft. Idris Elba et Anderson .Paak) te redresseront pour remuer le corps en rythme. Un superbe projet donc, qui fonctionne à 200%.

17/20


 Rodolphe

S’il y a quelque chose qu’on ne peut pas reprocher à Macklemore, c’est qu’il est bon pour raconter des histoires. Il maîtrise totalement l’art du storytelling. Mais le défaut que je lui trouve, et qui me gêne énormément dans cet album, est son manque de diversité. Il y a très peu de variantes à cet art dans son album. Commençons par les points forts du projet : la production est très rafraichissante, et les artistes en featuring sont généralement bien, voire très bien utilisés, ce qui est de plus en plus rare de nos jours. Les sons qui se démarquent le plus pour moi sont « St. Ides » et « The Train ». Néanmoins, l’album me semble sans queue ni tête, il a l’air de vouloir aller dans tous les sens sans vraiment de raison. Les transitions entre « Need To Know » / « Dance Off » et « Let’s Eat » / « Bolo Tie » me laissent notamment très perplexe. Je ne trouve pas vraiment de cohésion dans cet album, qui est sommes toutes assez peu rap et se rapproche beaucoup de la pop et du funk. Ce qui m’a dérangé aussi est le côté trop démagogue de Macklemore afin de passer pour le gentil, ce qui l’amène parfois à parler pour rien dire, comme dans « Growing Up » ou « Let’s Eat ». Cela aboutit à des chansons qui sont assez génériques et ont très peu de replay value. Je ne considèrerais donc pas ce projet comme un très bon album, encore moins un très bon album de rap, mais pour moi c’est le genre de musique agréable à écouter en voiture. Pour finir, je ne suis pas d’accord avec « White Privilege II », mais c’est un débat pour un autre jour. Je pourrais rédiger tout un article où je dirais les problèmes que j’ai avec les 2ème, 3ème et 4ème couplet. S’il y a quelque chose qui a sauvé cet album pour la moyenne, c’est la production qui est bien sentie. Dommage car on sent de bonnes idées sur quelques morceaux, mais il choisit trop souvent le chemin de la facilité.

14/20


Jérémie

Allons droit au but : si vous avez aimé The Heist, le premier album du duo, vous serez probablement conquis par son successeur, This Unruly Mess I’ve Made. Vous aviez peur en découvrant le titre, de tomber littéralement sur un bordel sans fil conducteur ? Rassurez-vous, ce que nous avons entre les mains est tout sauf une cacophonie. Je ne vais pas y aller par quatre chemins : Pour moi, c’est réussi. Au diable les clichés habituels du hip-hop mainstream, le rappeur joue la carte de la sincérité. Il se confie sans artifice et c’est tout en son honneur. A l’écoute, on comprend pourquoi TUMIM a mis si longtemps à arriver. Rattrapé par son succès fulgurant, le natif de Seattle s’est retrouvé face aux revers de la gloire. Un passage à vide qui le poussera à se remettre profondément en question. C’est cette expérience négative de trois ans qui va donner naissance à un album aux allures de thérapie personnelle. Le morceau introductif « Light Tunnels » nous met tout de suite dans le bain. Il relate l’élément déclencheur de cette introspection artistique. Souvenez-vous en 2014 lorsqu’il remporta le Grammy du meilleur album face à Kendrick Lamar. Et bien lui pense qu’il ne méritait pas sa récompense. Il livre en conséquence, un véritable pamphlet contre l’hypocrisie des Grammy Awards. Une cérémonie qui selon lui, favorise le succès plutôt que le véritable talent. Ce titre est pour moi le meilleur de l’album. Il est à sa juste place car à lui seul, il amorce le concept entier de l’album. Comme si cela ne suffisait pas, l’instru est un condensé de tout l’arsenal musical de Ryan Lewis. Drums puissants, orchestre symphonique, le tout couplé à la voix angélique de Mike Slap. Un délice pour les oreilles. Il fallait frapper fort, on ne pouvait espérer mieux comme entrée en matière. Vous l’aurez compris, les aléas du strasse et des paillettes seront omniprésents au fil des treize pistes qui composent l’album, cet important bordel qu’il a lui-même créé. Dans « Growing Up » par exemple, il écrit une lettre ouverte à Sloane, sa fille qu’il peine à voir grandir à cause de sa célébrité. Si Ben Haggerty fait face à ses démons en proposant un voyage au plus profond de lui-même (The Train), les autres thèmes qu’il choisit d’aborder sont tout aussi originaux. Vous le savez maintenant, Macklemore est un rappeur engagé qui critique ouvertement la société américaine. Et bien TUMIM n’échappe pas à la règle. Défense des homosexuels, critique des privilèges accordés aux Blancs ou encore la dénonciation des dérives du système de santé américain, le rappeur n’a pas peur de traiter les sujets tabous qui lui tiennent à cœur. Certes, ses textes sont conscients et engagés, mais, cela ne l’empêche pas de rapper sur des sujets plus légers, notamment sur ses histoires de jeunesse. (Let’s Eat, Buckshot ou encore Dance Off). Certains titres sont également bourrés d’humour. Comment rester indifférent face au « Brad Pitt’s Cousin » ? Musicalement, l’alchimie entre Macklemore et son producteur Ryan Lewis n’est plus à prouver. Ces deux artistes font des merveilles ensemble. Prenez un flow percutant couplé à des beats aussi riches que singuliers et vous obtiendrez une combinaison qui touchera à coups sûrs les plus insensibles d’entre vous. Pour les nostalgiques de la Golden Era, les deux compères s’offrent même le luxe d’une collaboration inattendue, celle de DJ Premier. On ne va pas bouder notre plaisir. Au niveau des invités, même combat. Bien loin de tomber dans le cliché d’inviter tous les artistes du moment, la majorité des guests sont au contraire, encore méconnus du grand public. YG, KRS One & Chance The Rapper apportent une touche d’underground des plus plaisantes, tandis que l’étoile montante du R&B, Anderson .Paak, s’offre le bridge de « Dance Off ». Enfin, le refrain de « The Train » chanté par la Mexicaine Carla Morrison prouve que la musique n’a définitivement plus de frontières. J’ai choisi de n’en citer que quelques-uns, mais tous apportent un plus sur un projet qui, malgré ses treize titres, jouit d’une grande richesse musicale. Vous n’êtes pas rassasiés ? Le duo vous a gardé deux titres supplémentaires disponibles sur la version deluxe de l’album. Si leur engagement radical leur coûtera peut-être un Grammy l’an prochain, Macklemore & Ryan Lewis pourront être fiers d’avoir réalisé un album authentique, à la hauteur des attentes qu’avait suscité leur premier opus. On est en 2016 après tout. Qui a dit que les rappeurs mainstreams n’étaient plus capables de nous surprendre ?

16/20


Charline

Les quatre années d’attente en valaient la peine, This Unruly Mess I’ve Made « Ce bordel monstre que j’ai créé » est fantasmagorique (ça veut dire incroyable au cas ou). Dès l’écoute de la première chanson Light Tunnels, on prend une énorme claque musicale. Cette chanson donne des frissons, elle dénonce les aspects de la célébrité : l’enfer des flashs et des paillettes, l’hypocrisie des cérémonies… Macklemore avait déjà évoqué son problème vis-à-vis de son succès dans le son Arrows (en featuring avec Fences), il disait se sentir comme un animal dans une cage.

Macklemore & Ryan Lewis ont invité de grands noms sur leur album comme Grandmaster Caz dans le hit à la musicalité old school, Downtown ; DJ Premier sur la production de Buckshot, un son qui sent bon les nineties si on fait abstraction du bruit de fond qui résonne comme un moustique.

Cet album contient une palette très large de sons posée sur des instrus plus pertinentes les unes que les autres, constamment à la recherche de la perfection. Certaines chansons ont des thèmes quelque peu difficiles, mais qui sont traités avec subtilité et justesse. Ils abordent les paradoxes de la société américaine tel que le problème de sur-médication entraînant des addictions qui est abordé dans la chanson Kevin ; le problème du racisme aux Etats-Unis, des injustices vis-à-vis des noirs : les pianos, cuivres et le gospel sont présents pour assurer le sérieux de l’initiative. White Privilege II est à la fois captivante et merveilleuse.

Après être devenu père pour la première fois, Macklemore a dédié une ballade touchante à sa fille Sloane, née en mai dernier, appelée Growing Up (en featuring avec Ed Sheeran). Le fait d’avoir invité Ed Sheeran sur cette chanson donne un côté encore plus poignant, plus émouvant.

TUMIM a également son lot de chansons prises au second degré comme Brad Pitt’s Cousin, d’ailleurs le premier couplet sur son chat est juste génial « Made an Instagram for my cat. And my cat doesn’t even rap. And got more followers than you ». Ou encore Dance Off qui a un côté à la Thriller un peu, sur scène ça va vraiment être le feu.

Bref pour finir, même en ayant pas fait de grosse campagne promotionnelle, le troisième album studio de M&RL cartonne et il a de quoi ! Toutes les tracks respirent la culture hip-hop avec des influences funk, soul et pop, la production est vraiment top avec de bonnes vibes old school qui donnent de l’authenticité à l’album (Big up Juju). Un bon rap conscient et engagé dans les morceaux sans tomber dans les clichés commerciaux du moment, cet album fait vraiment penser aux débuts de Macklemore (quand il était encore sous le nom Professeur Macklemore) tant sur les sons que sur les paroles.

17,5/20


Partagez votre avis sur l’album dans les commentaires ci-dessous.

MACKLEMORE & RYAN LEWIS - This Unruly Mess I've Made
15.5SUR 20