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A$AP Rocky, de SDF à « meilleur artiste de tous les temps »

NEIL KRUG / Complex

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Véritable modèle esthétique et musical de la nouvelle génération du rap américain, A$AP Rocky a pourtant dû attendre de longues années avant de flirter avec le succès. L’histoire du rêve d’un gosse new-yorkais et de son cahier de rimes.  

« Dans le cas où vous ne seriez pas encore au courant, comme je l’ai déjà dit la dernière fois, je suis le putain de meilleur artiste de tous les temps ». 23 novembre 2017, A$AP Rocky ose l’une de ses sorties les plus controversées. Il confirme néanmoins avec une pointe d’arrogance sa volonté de marquer à jamais l’histoire du hip-hop américain. Et même plus, la musique américaine. Car le rap, porté par ses Long.Live.ASAP et At.Long.Last.ASAP, il l’a déjà mis à ses pieds à deux reprises. Égérie de Dior, compagnon de Kendall Jenner, en Une du New York Times : Rakim Mayers prend une formidable vengeance sur la vie. Sur sa vie. Quinze ans avant d’être devenu l’un des artistes les plus convoités de l’industrie musicale américaine, il peinait à offrir un appartement à sa sœur et sa mère après avoir vendu du crack dans les rues new-yorkaises.

Le hip-hop dans les gênes

Difficile d’échapper à sa destinée hip-hop lorsqu’on s’appelle Rakim. Quand il naît le 3 octobre 1988, William Michael Griffin Jr., alors connu sous le pseudonyme de Rakim, forme avec Eric B, l’un des duos les plus influents de la Big Apple. Quelques mois auparavant, le tandem dévoilait Follow the Leader, l’un des plus grands classique du rap américain. Au bon milieu d’Harlem, le jeune Rakim Mayers baigne dans le hip-hop et ses influences. Alors qu’il prononce à peine ses premiers mots, Rocky connaît déjà par coeur les premiers disques de Mobb Deep, de la Three 6 Mafia ou du Wu-Tang Clan. Son père et son grand frère assurent une vie confortable à lui, sa sœur et sa mère. Mais à Harlem, il n’y a pas mille façons de faire rentrer de l’argent et le petit Rakim ne s’en préoccupe pas, trop distrait à disséquer les rimes de ceux qui dessinent les prémices du hip-hop.

A$AP prétend même avoir écrit ses premiers textes à l’âge de 8 ans, sous l’influence de son grand frère. À cette époque, il n’a aucun flow, aucun style. A$AP n’a que huit ans et n’est qu’un simple gosse, imitant avec maladresse ceux qu’il écoute toute la journée. Son avenir ? Il s’en fiche, au pire des cas, il vendra de la drogue comme son frère et son père. Pourtant, cinq ans plus tard, le frère de Rakim est assassiné au coin de son appartement tandis que son père est incarcéré pour trafic de stupéfiants. Jeune Rocky, plein de vie, rappant ses textes dans sa chambre, doit devenir l’homme de la famille. La famille Mayers est dévastée, décimée et fauchée. Et Harlem ne pardonne pas : en quelques mois, Rocky, sa mère et sa soeur se retrouvent dans les rues de la Big Apple.

Robby Klein/Getty Images

Le rap en exutoire

La mort de son frère plonge Rocky dans une profonde peine. Mais il n’a pas le choix, il doit être fort et assumer son rôle. Devant ses proches, il garde la tête haute, et ne pleure que dans son rap, son échappatoire. « Il était comme un grand frère révolutionnaire, confie-t-il au magazine The Fader. Il me rassurait, et s’il n’avait pas été là pour me faire confiance, je n’aurais pas eu les couilles de découvrir que j’avais du talent ». Son talent, celui qui deviendra Lord Flacko, en a bien conscience. Le problème, c’est désormais de le mettre en oeuvre alors que Rakim se retrouve à vagabonder dans les rues new-yorkaises. Ils vivent d’abord dans des abris de SDF avant de trouver des plans squats entre le Bronx et Manatthan. Désemparé et sevré de la moindre chance de réussite, il se met à vendre du crack pour offrir un logement à sa famille. Il a 15 ans.

Son parcours incroyable ne fait que rendre l’ambition de Rocky plus grosse, plus savoureuse. En 2007, toujours mineur, il rejoint un collectif local, le A$AP Mob. On y retrouve des rappeurs, des beatmakers, mais aussi des stylistes. À son tour, Rocky pénètre dans le monde de la mode et se découvre une nouvelle passion. Il va d’ailleurs postuler à tous les vendeurs de prêt-à-porter du coin pour trouver le moyen de financer sa famille. Mais quand il rentre dans le New Jersey, son nouveau quartier, il enregistre, encore et encore. Il tire de son groupe son nouveau nom de scène : A$AP Rocky. Et si le sigle “As Soon As Possible” tend à être la définition du Mob, Rocky préfère le “Always Strive and Prosper”.

NEIL KRUG / Complex

Petit Rakim au sommet du monde

Au milieu d’un rap américain ultra populaire, le jeune Rocky fait ses premiers pas avec Deep Purple en 2011, une mixtape non-officielle. C’est d’ailleurs à travers quelques leaks malheureux que l’artiste connaît ses premières pointes de notoriété. Laquelle explosera par la suite avec le clip du morceau “Purple Swag“. Une ode au rap d’Houston et à la codéine qui amuse aujourd’hui le rappeur. Quelques morceaux plus tard, il devient l’égérie du “Swag Rap” et casse les codes du rap américain avec un visage frais et une esthétique à toute épreuve. Inutile de retracer l’ascension explosive d’A$AP Rocky dans le monde de la musique, on la connaît. Son couple présumé avec Kendall Jenner, son partenariat avec Dior et son incroyable domination du rap américain : Rakim l’avait prédit.