Le hip-hop puise sa richesse dans ses nombreuses influences. La musique classique, pourtant initialement éloignée du genre, inspire de plus en plus les rappeurs. Zoom sur ce phénomène.

Qui se souvient du premier album du rappeur Xzibit sorti en octobre 1996 ? At the Speed of Life n’a pas marqué le Billboard 200, classement hebdomadaire des 200 meilleures ventes d’albums aux États-Unis établi par le magazine éponyme.

Pour autant, la carrière de Xzibit ne se résume pas à sa présentation de l’émission Pimp My Ride sur MTV ou son apparition inattendue dans 8 Mile. At The Speed of Life a marqué l’histoire du hip-hop d’une autre manière. Le titre phare de l’album, “Paparazzi”, illustre une innovation spectaculaire dans le genre musical : l’utilisation de la musique classique accompagnant les paroles du rappeur. Pour cela, Xzibit fait appel au talent de la chanteuse et actrice Barbra Streisand. La musicienne reprend la mélodie Pavane du célèbre compositeur français du XXème siècle, Gabriel Fauré. L’auteur est aussi connu pour ses oeuvres qui ont marqué la culture française comme “Clair de Lune”. Xzibit a élaboré un genre nouveau, une manière de penser le rap US autrement.

Cette maitrise de la musique classique, initiée par Xzibit, est reprise et adaptée par les autres rappeurs. Nas, le natif de New York, marque le coup en 2003 avec la sortie du morceau “I Can”. Le refrain est composé par un chœur d’enfants chantant à tue-tête “I know I can/be what I wanna be”. La popularité de cette musique doit beaucoup à la mélodie familière de Beethoven, extraite de “Für Elise” et interprétée au piano. Ce n’est pas la première fois que Nas puise son aspiration dans la musique classique pour composer. Sa collaboration en 2000 avec Puff Daddy dans le morceau “Hate Me Now”, avait donné lieu à une reprise de “O Fortuna”, de Carl Orff.

En 2011, Nas, DJ Premier et la Berklee Symphony Orchestra collaborent pour composer un mashup des plus grandes réalisations de la musique classique. Le titre, “Regeneration”, inclut des éléments des compositions de Mozart, Vivaldi et Beethoven pour un résultat passionnant. DJ Premier est connu pour avoir remixé à multiples reprises les grandes symphonies classiques. Il tire cette expérience de son apprentissage au Conservatoire de musique de Brooklyn. Par la suite, le DJ s’est associé au professeur Stephen Webber, de la Berklee Symphony Orchestra, pour travailler en studio sur des reprises de musiques classiques.

L’influence de la musique classique dans le hip-hop s’est peu à peu imposée mais ne se fait plus sentir. Utilisée par tous les artistes, parfois usée, parfois adaptée, elle est partout et nulle part à la fois. On la retrouve chez Eminem (“Sing For The Moment”, “Music Box” pour citer des exemples), Pharrel Williams (“Marylin Monroe”, GIRL), et elle est encore très présente dans le dernier album de Mac Miller, The Divine Feminine.

La musique classique traverse même les continents pour influencer nos rappeurs français comme Georgio (“Brûle”, Héra). Elle se caractérise le plus souvent par des accompagnements au piano, au violon ou simplement par un chœur de voix. La mélodie apporte un rythme doux et discret. Elle fait la marque des grands chanteurs, distingue leur diversité musicale de celle des autres et leur offre une forme de délicatesse.

En fin d’année 2016, Red Bull a lancé une tournée aux Etats-Unis, The Flying Bach Tour. Le principe ? C’est une compétition de break dance où les danseurs effectuent leur chorégraphie accompagnée par une adaptation de la mélodie du compositeur classique Johann Sebastian Bach, “The Well-Tempered Clavier”. Ce spectacle étonnant de danse hip-hop se déroule ainsi dans une atmosphère à la fois apaisée et rythmée.

Récemment, le danseur de hip-hop freestyle, Shaadow Sefiroth a trouvé son inspiration artistique dans les œuvres du compositeur allemand Beethoven suite à une période difficile de sa vie. Né à Paris, le danseur de 22 ans exerce son art dans les rues de Londres depuis maintenant 4 ans.

Bien évidemment, la musique classique n’a pas retrouvé une seconde jeunesse seulement grâce au hip-hop. Elle est aussi présente dans les autres genres musicaux, dans les bandes originales des films hollywoodiens et plus largement, dans toutes les expressions de l’art contemporain. Après tout, n’est-ce-pas le premier genre musical à s’être imposé pendant trois siècles ?