Pour ceux qui n’ont pas encore la chance de le connaître, Despee Gonzales est un véritable pilier du rap « indé ». A l’occasion de la sortie de son premier album solo, « City Light », dans les bacs depuis le 30 Novembre dernier, portrait de cet artisan du hip-hop dont la ténacité n’a d’égal que l’attachement profond aux valeurs du mouvement.

 

La connexion Ursa Major – KillaBizz : une belle aventure

Despee Gonzales, ou « 2Spee », commence à rapper à 13 ans lorsque sa sœur lui offre une cassette d’Artifacts. Quelques années plus tard, en 1996, sa carrière commence véritablement avec ses premières apparitions discographiques sur plusieurs mixtapes, notamment Opération Coup de Poing. Il participe également à de nombreux clashs artistiques, par exemple dans l’émission « Couvre-Feu » présentée par Jacky de 1996 à 2006 sur Skyrock, où il remporte battle sur battle. A tel point que ce dernier dira même de Despee, évoquant cette succession de victoires sans précédent, qu’il a « ruiné pas mal de carrières » à l’époque.

Despee et les membres de son groupe Ursa Major (« La Grande Ourse » en latin) vont ensuite sortir toute une série de projets parmi lesquels on peut citer les mixtapes Mixt1pe, Hip-Hop Soldier de Babali, Negrocentrik de Darkness ainsi que 3 albums en collaboration avec le collectif KillaBizz de leur acolyte Dino, Ursa Major, De Gré ou de Force et La Vérité en face. Une belle aventure puisque cela fait aujourd’hui plus de 10 ans que les membres des 2 collectifs prennent leur pied à rapper tous ensemble.

La rançon de la persévérance

A la suite d’une déconvenue avec un distributeur – ils se rendent compte que les points de vente habituels n’ont pas été approvisionnés avec leurs albums, au mépris des engagements contractuels de celui-ci – les inséparables Despee et Dino adoptent une stratégie alternative pour faire connaître leur musique, laquelle va s’avérer payante. Loin de se laisser décourager par cette expérience pour le moins contrariante, ils décident de récupérer leurs CD et de prendre eux-mêmes en main la distribution de leurs projets. C’est ainsi que presque tous les jours durant cinq ans, de 2010 à 2015, ils rappent dans la rue et dans les wagons de la ligne 13 du métro parisien pour y vendre leurs disques auto-produits de A à Z, à 10€ pièce, faisant fi de l’illégalité de la méthode. Au total, à un rythme d’une vingtaine par jour, ils parviennent à écouler à la force du poignet environ 15 000 exemplaires des 7 projets qu’ils sortent durant cette période.

Le citoyen engagé

Profondément attaché aux valeurs du hip-hop, Despee anime aussi des ateliers d’écriture pour les jeunes dans des associations et n’hésite pas à se déplacer dans les hôpitaux, les foyers et en prison. Lorsqu’on lui en parle, sa volonté de faire tout son possible pour atténuer la dureté du milieu carcéral et pour apporter un peu de lumière au quotidien des détenus s’impose comme une évidence.

Cet opiniâtre qui ne recule devant rien a toujours eu à cœur d’aller à la rencontre du public, y compris celui qui n’a pas forcément l’habitude d’écouter du rap. « La plupart des gens ont une image du rap français qui est fausse. Nous, on insulte personne, on ne dit pas n’importe quoi. On parle du quotidien de manière positive. » Il y a chez lui cette volonté farouche de décloisonner le rap et de le rendre accessible au plus grand nombre. « Puisque le rap est un art de rue par excellence, il est essentiel de le ramener à sa source, sur son lieu de naissance ».

L’année dernière, pour aller encore plus loin dans sa démarche de contact avec le public et de partage de son univers musical, le rappeur a même lancé « J’irai rapper chez vous », un concept de shows privés où il propose des représentations à domicile. La performance, le plus souvent en duo avec son fidèle acolyte Dino Killabizz, dure au moins 1 H 30. « Mais on n’est pas à la minute. L’essentiel, c’est de passer un bon moment avec les gens qui nous sollicitent », s’empresse-t-il de préciser.

« Brooklyn »

En 2015, le rappeur tourne dans son premier long-métrage, un film indépendant de Pascal Tessaud intitulé « Brooklyn ». Ce film plonge au cœur de la communauté hip-hop de Saint-Denis (93) et raconte l’histoire d’une jeune chanteuse qui tente de s’y faire sa place en tant qu’artiste. Il y incarne le personnage de Diego, celui qui aide Brooklyn grâce à ses contacts dans la communauté hip-hop. Le film parle d’un rap engagé et fédérateur par ses textes, précisément celui que le emcee et son groupe Ursa Major ont toujours défendu. Il sera projeté dans pas moins de 40 festivals, dont ceux de Cannes et de Rennes.

City Light

Après son dernier projet en date, la double mixtape AH Souhait sortie en Avril dernier (dont chaque volume compte pas moins de 35 titres), Despee revient en force avec City Light, son premier album solo sorti le 30 Novembre dernier. On y retrouve évidemment Dino mais aussi Taïro, Flynt, Daddy Jee, Dayron Ferguson, San Lluis, Samia Diar, Nathalie Ahadji et Chloé Grupallo. Sans oublier bien sûr DJ Idem, véritable alchimiste des platines qui continue de prouver sa polyvalence en mettant toute l’étendue de son talent de producteur au service de la magistrale intro du projet.

City Light est disponible en streaming et sur toutes les plateformes de téléchargement légal.