Extrait de l’album Noir Désir, le morceau “Espérance de vie” est indéniablement l’un des tous meilleurs morceaux de Youssoupha.

« J’ai pris du temps pour écrire ce titre on va dire. Comme je sais que l’espérance de vie est en moyenne de 80 ans, je me suis dit “Je prendrais le temps de l’écrire, à raison d’une ligne par jour, 80 jours” ». Tout est dit : 80 jours plus tard, Youssoupha accouche d’un morceau désormais classique, et sûrement l’un des plus aboutis de sa carrière. 80 lignes, quasi autant de punchlines et cette sélection des dix meilleures ne pourra que témoigner en notre faveur.

#10. Ils oublieront que je suis Noir quand je leur signerai des chèques en blanc

Dans cette punchline, Youssoupha évoque le changement de traitement que subissent les immigrés en fonction de leur place dans la société et surtout, de leurs poids financier. Ils expliquent que les gens oublieront sa couleur lorsqu’il signera des chèque “en blanc”, c’est-à-dire sans inclure de montant.

C’est un reproche qui est souvent souligné par les immigrés français qui accusent l’opinion publique de les traiter de manière différente. Zinédine Zidane en est sûrement l’exemple le plus marquant : après avoir fait gagner la coupe du Monde à la France, il est devenu l’idole de toute une patrie quand d’autres maghrébins étaient confrontés au racisme.

Evidemment, le vers est sublimé par l’opposition Noir / Blanc. 

#9. Marre de regarder la télé car la télé ne nous regarde pas

Ceux qui ne se sont pas endormis lors des cours de français remarqueront un chiasme, c’est-à-dire une symétrie parfaite, établie avec le mot “car”. Il explique ainsi qu’il en a marre de regarder la télé puisque celle-ci ne s’intéresse ni à lui, ni aux problèmes qu’il évoque dans ses chansons.

#8. J’préfère un athée qui s’comporte comme un croyant qu’un croyant qui s’comporte comme un salaud

Dans ce vers, Youssoupha évoque le problème des “religieux mégalos” comme il les surnomme. En somme, il explique que la religion ne doit pas être ostentatoire, et qu’à ce titre, il préfère un athée qui respecte son prochain qu’un croyant plongé dans les pêchés.

#7. Je cours pour ne pas tomber comme un domino, si dans ce biz faut le bras long, je suis la Vénus de Milo

Avec cette punchline parfaitement emmenée, Youssoupha évoque la Vénus de Milo, une sculpture dont l’auteur reste encore inconnu, bien particulièrement coque particulièrement célèbre pour n’avoir pas de bras. Pour les aficionados d’art, la Vénus de Milo est exposé au Louvre.

#6. La rue nous tue, certains la traitent comme une mère, alors je l’appelle “Véronique Courjault”

Véronique Courjault a fait la Une au milieu des années 2000 dans la fameuse affaire des “bébés congelés” qui ne nécessitent pas forcément d’explications plus denses. Il évoque ainsi le paradoxe de la Rue : “elle noue tue” explique-t-il alors que certains la considèrent comme leur mère.

#5. Dieu accepte surtout les prières, pas les belles chansons

Cette phrase reflète à elle seule tout la philosophie des paroles de Youssoupha. Certes, il écrit de belles chansons, certes, il oeuvre dans un rap conscient, mais il précise néanmoins que ce n’est pas grâce à cela qui obtiendra la foi de Dieu.

#4. Le nombre de mesures de ce texte, si t’y penses
Est juste égal à l’âge moyen de l’espérance de vie en France
Mais ce n’est pas une question d’âge, de chiffres et de stats
Moi je te parle surtout de rage, de kif et d’espoir

Le génie de Youssoupha est à retranscrire dans cette punchline qui témoigne de toute la philosophie du morceau. L’artiste s’est imposé un rythme d’une ligne par jour, pendant 80 jours, pour que son texte reflète au maximum l’espérance de vie française : 80 ans. Incroyable.

#3. Quand vient la mort, on t’enterre sans tes milliards, est-ce que t’as déjà vu un coffre-fort à l’arrière d’un corbillard ?

Youssoupha reprend l’une des gimmicks les plus récurrentes du rap conscient : la critique du modèle capitaliste. Il explique que, peu importe la valeur des richesses d’un individu, elles ne le suivront pas dans la tombe. Sous-entendu : devant Dieu, elles n’auront aucun poids.

#2. Comment veux-tu qu’je mène une vie de rêve alors que je ne dors plus ?

Tellement génial que ça se passe de commentaire.

#1. Mais mes ancêtres avaient-ils vraiment la gueule de Vercingétorix 

Cette punchline de Youssoupha souligne à elle-seule toute la crise identitaire que traverse la France. Elle fait notamment écho (de manière anticipée, puisque le morceau est sorti avant l’affaire) aux propos de Nicolas Sarkozy. L’ancien Président de la République expliquait notamment que les ancêtres des Français étaient des gaulois. Des propos, pour beaucoup, jugés scandaleux puisque ignorant complètement toute l’immigration française.

Né à Kinsasha, Youssoupha rejoint la France seulement à l’âge de 10 ans. Ses “ancêtres” n’ont donc pas “vraiment la gueule de Vercingétorix” comme il l’explique si bien.

“Espérance de vie”, véritable chef d’oeuvre du rap français est tiré d’un autre chef d’oeuvre, tout aussi conséquent : Noir D****.