Kanye West - My Beautiful Dark Twisted Fantasy
10Note finale
Avis des lecteurs 7 Avis
9.1

Le 22 novembre 2010 sortait aux Etats-Unis, le cinquième album studio de Kanye West, My Beautiful Dark Twisted Fantasy. Retour sur cette oeuvre-d’art indétrônable.

Rolling Stone : 10/10, Pitchfork, 10/10, sans oublier les mythiques « 5 mics » accordés par le magazine The SourceToutes ces notes maximales ont été distribuées à My Beautiful Dark Twisted Fantasy de Kanye West. Salué par la critique, son cinquième album reste encore à ce jour le plus abouti de sa discographie. Un projet qui, en dépit des sept années écoulées depuis sa sortie, est incontestablement à ranger parmi les disques les plus marquants de cette décennie. Pourtant, tout n’était pas gagné pour le rappeur de Chicago, tant la promotion à outrance déployée autour de son disque, a partiellement gâché le plaisir d’écoute.

Le pari douteux des G.O.O.D Fridays

Qui suivait de près la carrière de Kanye à l’époque se souvient forcément des G.O.O.D Fridays. Une initiative louable qui consistait à mettre en avant les artistes de son écurie G.O.O.D Music en dévoilant chaque vendredi, un morceau inédit en téléchargement libre sur son site Internet. Sauf que voilà, l’attention aussi bonne soit-elle, aura plutôt eu l’effet inverse tant la majorité de ces morceaux inédits figuraient en fait sur la tracklist finale. Bien entendu, cela ne retire en rien leur qualité à terme, mais ce choix marketing bancal a malheureusement fait s’envoler tout sentiment de découverte une fois venu le jour de la sortie.

Les six cover de MBDTF designés par George Condo et dont la première avait été censurée pour cause de contenu sexuel explicite.

Runaway, ou spoiler alert

Une frustration amplifiée par la projection anticipée du court-métrage “Runaway” au Festival de Cannes de la même année. Du haut de ses 35 minutes (faisant de lui à l’époque le plus long clip de l’Histoire), ce visuel contemplatif relate la vision métaphorique d’un artiste face à l’incarnation parfaite de son idéal féminin. Un être magnifique, mais venu d’ailleurs, qui débarque par accident sur notre planète et que le rappeur va s’empresser de recueillir. Malgré son objectif de lui transmettre ses uses et coutumes, son fantasme émotionnel va tourner court puisque leurs différences culturelles et intellectuelles auront finalement raison de leur histoire d’amour.

En outre, des indices disséminés dans l’album ont longtemps laissé supposer que celui-ci s’inspirait de sa relation avec Amber Rose. Des spéculations que l’intéressée avait finalement démenti il y a seulement quelques mois.

Mais laissons cela de côté. Plus qu’un rappeur, Mr. West est un artiste : la réalisation de Hype Williams, les costumes et la direction artistique de “Runaway” sont grandioses. Mais, il subsiste tout de même une ombre au tableau, car la bande originale du film n’est autre que l’album lui-même. Le voir en amont signifiait donc encore une fois tirer un trait sur les révélations du produit fini. Dommage quand on sait que celui-ci était l’objet de toutes les convoitises depuis deux ans.

Yeezy à son apogée.

L’une des forces de Kanye West reste sa capacité à se renouveler après chaque disque. En cela, après le controversé (mais non moins excellent) 808 & Heartbreak, dont les sonorités pop avant-gardistes ouvraient la voix aux sentiments et à l’autotune dans le rap, le rappeur avait toutes les cartes en main pour de nouveau nous éblouir de son audace. C’est dans cet esprit que naquit My Beautiful Dark Twisted Fantasy, un projet hybride qui nous montre toute la virtuosité de cet artiste croquant à pleines dents le XXI eme siècle. “Pouvons-nous aller encore plus haut ? Si haut“, chantait Teyana Taylor en ouverture de l’opus. La réponse se découvre tout au long des treize titres qui le composent. C’est un grand oui !

La première claque nous viendra tout naturellement du premier single, modestement intitulé “Power”. Un titre qui pour les plus jeunes d’entre-vous rappellera la pub de Paco Rabanne, mais qui résonnait à sa sortie, comme l’exaltation musicale et artistique d’un rappeur à son apogée. Une mégalomanie d’ailleurs poussée à son paroxysme dans le clip éponyme, où Yeezy se place en véritable figure divine dans un tableau vivant. Somptueux.

The Best of Kanye

Musicalement, les prouesses accomplies par My Beautiful Dark Twisted Fantasy sont réelles. L’intégralité des productions signées de main de maître par Mr. West lui-même, mais aussi RZA, No I.D. ou encore Bink se démarque par un travail de composition minutieux. Ce cinquième album parvient en effet et avec brio, à retranscrire une synthèse parfaite des multiples facettes de la palette musicale de Yeezy. Du hip-hop le plus classique, composé de samples, de percussions et de raps élaborés, à des sonorités électroniques type vocodeur qu’il avait déjà exploré auparavant, tout y est. Un melting pot de morceaux sombres, mélancoliques, teintés d’égotrip et certains autres plus lumineux.

C’est un fait, Kanye peut se targuer d’être l’un des premiers après Eminem et son Recovery, à avoir trouvé le moyen de fusionner la pop et le hip-hop de la plus belle des manières. Cerise sur le gâteau, les treize morceaux s’enchaînent parfaitement et donnent ainsi à cet ensemble, une cohérence globale sans faille.

On passe ainsi tout au long du disque, du sentiment d’invincibilité ressenti par un amoureux transit à la déchéance la plus totale qui survient après une séparation non-souhaitée. Après tout, n’est ce pas tous ces vecteurs cumulés la marque d’un grand classique de la musique ? Avec un tel héritage, on comprend pourquoi le melon du bonhomme n’a cessé d’enfler depuis.

Kanye et ses apôtres

Bien avant de s’auto-proclamer Yeezus, Kanye West façonnait déjà sa stature prophétique avec cet album. Et comme un Jésus indissociable de ses douze apôtres, MBDTF n’aurait pas la même saveur sans la richesse de son casting 5 étoiles. Bien évidemment, toute l’écurie G.O.O.D Music d’antan a répondu présent : feu Kid Cudi bien sûr, le désormais président du label Pusha T, l’angélique John Legend, la nouvelle star de Détroit Big Sean ou encore CyHi Da Prynce, l’un de ses plus grands ghost-writer.

Mais en plus de ce casting “home-made”, de nombreux poids lourds de la scène hip-hop contemporaine ont accompagné le rappeur, Rick Ross, Nicki Minaj (Qui signe probablement d’ailleurs l’un de ses meilleurs couplets sur “Monster”, Raekwon & RZA du Wu-Tang Clan, et bien sûr son mentor, mais désormais frère-ennemi, Jay-Z. Enfin, comment ne pas applaudir le sample prophétique du pionnier des pionners Jill-Scott Heron sur le le splendide “Who Will Survive in America” en cloture de ce chef-d’oeuvre ?

Bien entendu, il est impossible d’aborder les invités sans évoquer le rocambolesque “All of The Lights”. Le morceau le plus festif de l’album (et dont le clip a fait parler de lui pour les crises d’épilepsie qu’il a engendrées) se payait en effet le luxe de rassembler pas moins de 13 invités, tous issus d’univers musicaux différents. Accrochez-vous, car la liste est longue : Rihanna, Kid Cudi, John Legend, The-Dream, Ryan Leslie, Tony Williams, Charlie Wilson, Elly Jackson de La Roux, Alicia Keys, Fergie, Alvin Fields, Ken Lewis & Elton John. Le plus incroyable dans tout ça, est que Kanye West arrive, en dépit du nombre dantesque de têtes d’affiche présentes sur l’album, à en rester le chef d’orchestre du début à la fin. Bref, sept ans plus tard, pour 2HIF, c’est aussi un 10/10.

Prenez votre dose de nostalgie, My Beautiful Dark Twisted Fantasy de Kanye West est en écoute ci-dessous.