Tirées de la culture pop, de voyages, ou simples écritures poétiques, les punchlines de PNL sont trop injustement supplantées par l’idée que l’on se fait de leur musique.

En ce 16 septembre 2017, Dans La Légende souffle sa première bougie. Véritable raz-de-marée déferlant sur le rap, cet opus aura atteint une popularité ahurissante, marquant de son empreinte une nouvelle génération. Pourtant, malgré son puissant succès commercial, le groupe divise. Considérés pour beaucoup comme une nouvelle porte du sortie d’un rap français qui tournait en rond, les deux frères N.O.S et Ademo se heurtent aussi à l’une des essences mêmes du rap : le texte. Dans le lourd choix artistique du fond et de la forme, PNL a plutôt choisi la deuxième pilule.

Mais est-ce si évident que cela ? En analysant de plus près les morceaux et les textes des deux frères, on peut relayer un travail parfois très épuré. Pour illustrer ces propos, voici cinq punchlines tirées de Dans La Légende capables de joueur des coudes dans le paysage lyrical du hip-hop français.

“Je voulais pas qu’on m’aime, je voulais juste le M comme Kratos” – (“Kratos”) 

Cette punchline résume à elle seule toute la philosophie qui découle des morceaux de PNL. QLF, Que La Famille, un acronyme devenu emblématique qui s’associe parfaitement à la singularité de Kratos. Personnage principal de la saga de jeux vidéo God Of War, ce dieu est animé par une quête de vengeance après avoir été trahi, tuant sa femme et sa fille par erreur. Désormais seul contre le monde, à l’image de l’univers de PNL, c’est sa rancœur qui construit toute sa motivation.

Tiré de la saga "God of War", Kratos symbolise la soif de vengeance, sans foi, ni loi.

Tiré de la saga  vidéo-ludique “God of War”, Kratos symbolise la soif de vengeance, sans foi, ni loi.

Ainsi, N.O.S. explique là qu’il ne veut pas “qu’on l’aime”, puisqu’il sait que ses proches l’aiment déjà, et c’est tout ce qui lui importe. En revanche, il explique vouloir “le M”, le monde, comme Kratos. Cette idée est récurrente dans les textes de PNL, comme en témoignent leur morceau “Le monde ou rien”, ou même leur projet Le monde chico. La comparaison colle ainsi idéalement puisque Kratos et N.O.S. sont conduits par la même quête : le monde, pour leurs proches.

“J’crame une gainz au milieu d’Etosha, J’fais le tour de la plaine avec Epona” – (Naha”)

Etosha est un immense parc naturel de Namibie. C’est indirectement une référence au morceau “La vie est belle” où les deux frères sont exilés dans cette sublime plaine pour tourner leur clip. Ademo explique ainsi qu’il fume une cigarette “au milieu d’Etosha” comme pour allier une forme de réussite, de vida-loca avec le besoin de voyage et de découverte. Epona est quant à elle, la jument de Link qui l’accompagne au fil des épisodes de la saga The Legend of Zelda. On en revient à cette idée d’aventure, d’exploration.

Plaine africaine de Namibie, le paysage d’Etosha a servi de lieu de tournage au clip “La vie est belle”.

“Payant comme une vue sur la mer, gratuit comme une vue sur Uranus” – (“Uranus”) 

Derrière cette sublime antithèse, N.O.S. dessine le paradoxe du monde actuel, tout en caricaturant la société. Bloqué dans sa banlieue parisienne, il rappelle indirectement le prix de quelques jours à la plage. Il souligne, de plus, le fait que certains jeunes issus de quartiers défavorisés n’ont pas la chance de la contempler chaque année. Cependant, pour admirer Uranus, il suffit simplement de lever les yeux.

“J’suis d’l’époque de la Sega j’m’entraîne à frapper comme Sagat” – (DA”)

Masquée par une rime riche et un tempo rapide, la punchline n’est que très rarement comprise à sa juste valeur. Pour la première partie, très peu de doute : en précisant qu’il est “d’l’époque de la Sega”, Ademo en dit un peu plus sur sa génération, bercée par les premières consoles de salon. La seconde partie est une référence au jeu-vidéo Street Fighter et au personnage de Sagat, un boxeur thaïlandais surpuissant.

Sagat est l’un des boss de la saga “Street Fighter”.

Pour l’anecdote, Sagat est l’un des personnages les plus imposants du jeu, non seulement par sa carrure, mais aussi par sa force qui le place parmi les meilleurs. Si l’on suit la récurrente comparaison de la sphère rap à un “game”, Ademo se revendique parmi les plus hauts placés. La notion d’entraînement fait le parallèle, de plus, avec le travail qui découle des projets du duo.

“Plus très loin du sommet, j’veux garder les pieds sur terre, je garde une photo d’en bas, j‘me rapprocherai de l’enfer pour éloigner les démons de la nouvelle villa” – (“Kratos”) 

Cette phrase rappée, une nouvelle fois, par N.O.S., est scindée en deux parties. La première est révélatrice d’un travail de construction imposant. Cette figure de style est une gradation décroissante. Tout d’abord, l’artiste se tire vers le haut en précisant qu’il n’est “plus très loin du sommet”. Ensuite, il indique que, malgré tout, il souhaite “garder les pieds sur terre”, rester lui-même donc, la stabilité. Pour cela, il garde “une photo d’en bas”. 

Cette dernière expression reprend l’idée du groupe qui consiste à ne jamais oublier leurs proches, et ce, même en caressant la notoriété. N.O.S. explique ainsi, que s’il y a des risques à prendre, il sera prêt à se sacrifier pour que la nouvelle villa, payée avec l’argent “venu du ciel”, soit saine.

Ces cinq exemples n’enlèvent en rien l’écriture trop souvent mal jugée, voire incomprise des deux rappeurs.