"C'est Rémy", et personne ne peut rien y faire "C'est Rémy", et personne ne peut rien y faire

Dossiers

Rémy, toujours pour ceux qui savent

Crédit photo : Edilson

Publié

le

Rémy a le talent, Def Jam a les moyens. La rencontre des deux offre l’une des ascensions les plus brillantes du rap français.

 L’adolescence de Rémy a été bercée par les morceaux de Soprano, Rohff et Sinik. Un enfant des années 1990 biberonné au rap des années 2000. Seulement Rémy est originaire d’Aubervilliers et comme tout les p’tits d’Auber’ il écoutait également Socrate, mais tous n’auront pas le privilège de l’avoir comme manager. Mac Tyer a pris sous son aile ce jeune de sa ville pour en faire une valeur forte du rap français. Un processus a été mis en place pour faire décoller la fusée immatriculée 93. Première étape réussie : lui donner une identité musicale reconnaissable par les auditeurs. La deuxième sera plus périlleuse avec la sortie d’un album prévu au printemps.

Rémy écrivait ses premiers textes à l’âge de dix ans. Le Général suivait déjà son poulain à cette époque. La qualité de ses lyrics ont poussé Mac Tyer a le choisir et parier sur sa réussite. Le style Rémy est loin des artifices, il a des textes forts et raconte la réalité des quartiers de France. Originaire de la cité du Pont Blanc à Aubervilliers, il livre un regard acerbe sur les quotidiens des français du ghetto. Le thème est omniprésent dans la bibliothèque du hip-hop français mais il tendait à se perdre. Le ton employé par Rémy n’est pas jovial, ses morceaux sont teintés d’une nostalgie, à seulement vingt ans il semble avoir déjà tout vécu. Sous le regard fraternel de son parrain, Rémy dévoile progressivement ses projets à un public qui répond toujours présent. Il suit un agenda précis sensé lui faire franchir les paliers de la notoriété en douceur et ne se disperse pas. De l’officialisation de sa signature chez Def Jam France à son dernier clip “Rappelle toi”, revenons sur les neuf mois qui ont façonné Remynem.

Le prodige d’Aubervilliers

Une vidéo publiée sur les réseaux sociaux pour annoncer la signature d’un jeune prodige quelques jours avant l’été. Il ne s’agit pas d’une recrue du Paris Saint-Germain, mais du dernier soldat à grossir les rangs de Def Jam France. Kaaris, Kalash Criminel mais également Alonzo forment déjà la prestigieuse écurie. Rémy n’aura pas le droit à une conférence de presse suivie d’une poignée de main avec le président Chulvanij et présentation de son maillot. La sobriété est de mise, elle accompagnera toute la phase 1 du lancement de la fusée. Dans cette vidéo, Mac Tyer raconte la manière dont il a rencontré le jeune rappeur, il se dit touché par sa sincérité. Il déclare s’être facilement identifié à lui grâce à la richesse de ses textes. La comparaison avec Tandem est même lancée par la moitié du groupe, la barre est donc placée très haute tant ce duo a été important pendant sa période active et encore aujourd’hui. Le label mise sur la capacité de Rémy a réconcilier deux générations d’auditeurs de rap. Il est jeune mais rappe comme un ancien. La réconciliation passera par lui, ou ne passera par personne.

Pourquoi Rémy a tout pour réussir dans le rap

Le public découvre Rémy avec un morceau qui fait office de mot de la fin du projet Banger 3 de Mac Tyer. L’histoire retiendra que son premier titre s’appelait “J’ai vu”. Ce morceau mélancolique, ce sentiment sera la marque de fabrique du jeune albertivillarien. Afin que les amateurs de rap se ne perdent pas pendant leurs écoutes, Rémy est identifiable avec son élément de langage “C’est Rémy” assimilable au fameux “Oui oui si si” de Socrate. Des petits détails très importants qui forgent un personnage et un narratif. L’agenda qui suivra cette apparition est militaire, le missile Rémy est millimétré pour faire exploser le rap français avec un programme qui le fait monter en puissance jusqu’à la sortie de son album au printemps. Quelques jours après la signature, il se teste face à un public local lors d’un concert à la Hoop’s Factory à Aubervilliers. Rémy ne triche pas et les photos publiées sur sa Page Facebook officielle sont là pour rappeler son enracinement à la cité. Il pose fréquemment avec ses amis en bas des bâtiments, Rémy n’épousera pas le bling-bling.

L’heure du décollage

Le 23 juin sort le morceau “J’ai vu”, accords mineurs joués au piano, voix de Mac Tyer, retour du slogan “C’est Rémy”: tous les ingrédients sont réunis. Le texte est poignant – la plume est la force du rappeur – le clip simple colle à l’image de l’artiste, le refrain est chanté sur autotune mais cela ne choque pas. Il raconte la tristesse du ghetto français. Rémy annonce la couleur qu’il veut donner à sa carrière avec cette punchline: “Je viens refaire du rap français”. Une phrase qui sonne très Kery James avec son célèbre “Retour du rap français”. La vidéo postée sur YouTube culmine aujourd’hui à 5,7 millions de vues, un très beau score pour un rappeur émergent. Le million sera fêté en bas des tours de son quartier avec ses amis. Être authentique et rester underground, Rémy connait ses classiques.

Les premiers retours positifs du milieu ne tardent pas à apparaître. La concurrence surveille avec un œil bienveillant l’émergence de celui qui fait réellement office d’ovni. Demi Portion, l’homme au grand cœur du rap français, commentera le clip sur la page du rappeur pour lui apporter son soutien. La perfection n’a existé dans aucun parcours, même dans ceux des plus grands artistes. Le niveau du morceau proposé par Rémy après “J’ai vu” est moins accrocheur. Il porte le titre toujours “On traîne” qui annonce un thème urbain. Le clip cumule aujourd’hui 2,8 millions de vues. Rémy arbore le style vestimentaire sobre d’un banlieusard ordinaire: survêtement, basket, casquette, il est catalogué (mais pas coupable à chaque fois) rappeur réaliste jusqu’à ses tenues qui n’ont pas changé malgré le succès. Dans le clip, il importe ses codes de la cité dans un monde luxueux. Au-delà de la qualité du titre, Rémy est installé, il comble une place manquante dans le rap, et pose les bases de sa future carrière. Rémy sera banlieue ou ne sera pas.

Le 22 septembre sort son troisième titre “Réminem”, petit score sur la chaîne de Dej Jam France pour cette vidéo lyrics avec 32.330 et 410.000 sur la Page Facebook du rappeur. Ce score ne comptera pas tant la suite de son histoire sera impressionnante. Il sera invité lors d’une émission Planète Rap consacrée à Hornet La Frappe en octobre. 8 millions de vues, test réussi au fameux micro de Fred Musa. Ce passage sera le point de départ de la notoriété pour l’enfant de la Seine-Saint-Denis. Sous les yeux écarquillés de Kalash Criminel et Sadek, il lâche son morceau à la perfection. La force de Rémy lors de ce live sera sa hargne, et l’intensité avec lesquelles il enchaîne ses rimes. Sadek déclarera avoir été proche de pleurer et l’annonce comme le prochain “à tout niquer”. La machine Rémy est donc lancée. Les marches de l’escalier qui mènent aux succès sont montées avec prudence, sans précipitation, son manager connaît trop bien l’industrie pour que son poulain se brûle les ailes. Mac Tyer travaille comme un orfèvre. Il passera à nouveau sur les ondes hertziennes, toujours dans l’émission Planète Rap, toujours dans une émission consacrée à un enfant du 93. Il posera lors de la semaine de Kaaris venu présenter au public son dernier album. Il rappera son titre “Je te raconte”, le succès sera le même que la fois précédente.

L’année 2018 dans le viseur

Agenda millimétré oblige, deux mois après “Reminem”, il passe un palier qualitatif avec le très beau “Comme à l’ancienne”. Un rappeur de 20 ans qui rappe sa nostalgie, un jeune old school dans un clip en noir et blanc: le personnage Rémy séduit les vieux cons et les jeunes soûlés par les morceaux légers omniprésents dans les playlists. La voix de Mac Tyer apparaît à la moitié du morceau, il apporte son cachet avec des lignes. Les codes du ghetto français version 2018 sont présents dans le clip: les groupes de jeunes sur les escaliers en bas des immeubles, le quad, l’arrachage de sac à main etc. Rémy rappe sans filtre, il ne dessine par une réalité faussée, il raconte simplement ce qu’il vit. Dans la cage d’escalier qui le mène au premier étage du succès, il s’arrêtera le 1er décembre sur la scène du Bataclan pour la première partie du Général, sa première sur une scène parisienne. La suite du programme permet à Rémy de monter encore plus en puissance. Beaucoup des jeunes rappeurs passés par Le Cercle de Fianso adoreraient ensuite enchaîner avec un passage sur Skyrock. Rémy fait le chemin inverse, après deux passages très remarqués sur Planète Rap, il offre un freestyle exclusif et brûle au sens propre cet épisode du Cercle.

Les médias commencent alors à s’intéresser à ce phénomène atypique. Un jeune rappeur blanc aux textes riches et réalistes, qui parlent de la pauvreté des quartiers populaires et de la difficulté d’en sortir. Il est alors annoncé comme une étoile montante à suivre impérativement. L’année 2018 sera celle de Rémy ou ne sera pas. Le 26 janvier 2018 est sorti le morceau “Rappelle-toi”, toujours avec l’omniprésence du champ lexical de la nostalgie. Le clip inspiré du film Inception est présenté au public le 17 février. Le titre est encore très efficace, les thèmes chers à l’artiste sont présents mais toujours présenté différemment, il n’est pour le moment pas répétitif. L’ensemble de sa courte discographie est agréable à écouter titre après titre, et donne envie d’aller plus loin avec lui, jusqu’à un album de 16 titres par exemple.

L’ascension est un modèle de réussite scientifique, une montée en puissance dans une profession surchargée. Tel Dr Dre et Eminem façonnant le produit 50 Cent dans le clip “In da Club”, Mac Tyer réussit pour l’instant son pari avec son protégé. Nul doute que l’album reprendra les codes de l’univers que Rémy a créé dans ses premières oeuvres. Socrate n’est plus seulement philosophe et rappeur, il est aujourd’hui un scientifique qui réussit l’expérience de lancer dans le laboratoire du rap game un cobaye. Alchimie, le mot semble convenir parfaitement à l’association Mac Tyer – Rémy. Elle ne serait rien sans talent, mais il semble que les Dieux de la musique les aient gratifié d’un don pour leur mouvement préféré : le rap.

Découvrez ci-dessous, notre interview avec Rémy dans l’épisode 3 de La Suite :

Advertisement
Commentaires

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *