Vald - Agartha
7/10
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7.2

Artiste brillant incarnant une nouvelle génération motivée à s’imposer, Vald poursuit sa percée avec un nouvel opus de haut vol.

Vald est définitivement l’artiste le plus timbré du game. Sa campagne de communication, ses clips, sa manière d’être, ne dévoilent pas qu’un simple rappeur englué dans la masse, mais plutôt une souffle d’air frais déjanté. Il ne se plie pas aux codes artistiques, il les tourne en dérision de manière à rendre une copie originale et plutôt cohérente. Parodie de youtubeur sataniste, clip tourné sur fond vert, représentation en live au Grand Journal déguisé en Trump : Vald est fou et ça plaît. Sa quête de buzz (personne n’a oublié son clip en film pornographique) et son avis de bousculer le rap se marient parfaitement avec une plume très claire et vulgaire. Agartha, premier album de la nouvelle crème du 93 est aussi brillant que what the fuck.

THÈMES. A l’heure où les thématiques des rappeurs tournent en rond entre trahison amicale ou amoureuse et égotrip budybuildé, Vald innove… à sa manière. D’une lettre de suicide à la Kid Cudi à une déclaration d’amour à sa Meilleure amie, l’artiste griffonne la moindre substance de sa matière grise avec un humour et une écriture très aboutie.

VULGARITÉ. Ce qui semble faire la réussite de Vald, c’est aussi et surtout sa vulgarité poussée à l’extrême, maquillée par quelques métaphores. Petite chatte ou encore Vitrine restent les deux piliers en la matière, même si, de manière générale, l’album a du mal a resté politiquement correct. Et ça plait.

“Comment faire du rap sans être dissident ?
Si c’est pour l’dividende, j’espère qu’tu niques ta mère dans ta diligence – Eurotrap”

FOURNI. Dix-sept morceaux pour un rendu de plus d’une heure, c’est assez rare pour le préciser. Le rap c’est la régularité, se maintenir au devant de la scène dans un secteur hyper concurrentiel. Un principe que le rappeur a parfaitement compris en s’offrant un rythme d’un projet par an, et environ 4/5 clips.

DOUBLE TABLEAU. De manière générale, le projet se structure en deux tableaux, qui reflète les deux personnalités de la schizophrénie Valdienne. D’une part, des morceaux complètement timbrés qui flirtent avec une originalité amusante. Eurotrap par exemple, où le refrain est précédé d’un pont sur répondeur. D’autre part, des morceaux plus “codifiés”, comme Mégadose, qui suit le schéma logique d’une musique de rap.

FEATURINGS. Petit point noir de l’album voire de Vald de manière générale. Dix-sept tracks et seulement deux featurings, de quoi rester un peu sur notre faim, surtout quand on connaît le réseau du rappeur. De plus, dans la quarantaine de musiques qui regroupent ses trois gros projets – NQNT, NQNT 2, Agartha – on dénombre seulement quatre featuring, dont trois avec la même personne, Suik’on Blaz AD. Mention spéciale tout de même à Damso qui, une nouvelle fois, explose l’instrumentale.

Kamikaze navigue comme Qatari à Ris-Pa
J’roule Marie-Jeanne sans cocaïna
J’cours après le temps et l’ocarina
Derrière les vitres teintées, je m’souviens d’l’anonymat – Vitrine”

HÉRITAGE DU 93. Le 93, pilier du rap français mais longtemps pointé du doigt, renaît de ses cendres. Outre les pointures Kaaris ou Sadek, il faut désormais compté sur Kalash Criminelle, Sofiane ou Vald. Globalement, les rappeurs ne font jamais dans la poésie, mais plutôt dans le trash talk et la puissance. Le 93 va mieux. Beaucoup mieux.

WTF. Outre ses textes complètement fêlés, Vald s’appuie sur une très, très bonne production qui respecte complètement son univers. Très éclectique, de Petite Chatte à Lezarman, le tout reste cohérent, malgré quelques virages parfois étranges. Une nouvelle fois, l’artiste est un personnage qui s’extirpe du simple domaine musicale. Agartha admet quelques faiblesses, peut-être quelques longueurs mais reste un projet solide qui confirme l’excellent potentiel de Vald.