Il n’y a pas que l’album Nevermind de Nirvana qui vient de fêter ses 25 ans. D’ailleurs lorsque vous lisez “Hip-Hop” dans Hip-Hop infos France, cet album pourrait même vous venir à l’esprit.

Le 24 septembre 1991, sortait chez tous les disquaires un album dont l’impact serait bien plus grand qu’espéré. Au fil des années, ce 33 tours est devenu une référence dans son domaine ; celui du rap alternatif. Un autre indice ou vous y arrivez tout seul ?25 ans Low End Theory A Tribe Called QuestAucun doute, vous aurez deviné de quoi il s’agit : il y a 25 ans sortait chez Jive Records (maison de production de KRS One, OutKast et d’autres) The Low End Theory, deuxième album au compteur d’un groupe qui est loin d’avoir fini sa carrière… A Tribe Called Quest !

We Got The Jazz, We Got The Jazz, We Got The Jazz…” c’est ce que chantonnent AS Muhammad, Phife Dawg et Q-Tip en se baladant dans les rues du Queens pour le clip de “Buggin’ Out”un des plus grands succès du groupe.

Avec 14 morceaux, plus de 48 minutes de rap aussi entraînant que drôle, aussi joyeux que jazzy, ce LP fût un énorme succès. Le premier album, People’s Instinctive Travels and the Paths of Rhythm, avait beaucoup fait parler de lui avec des critiques en tout genre. De bonnes mais également de très mauvaises, comme de la part du magazine Rolling Stone qui l’a considéré “l’un des albums de rap les moins entraînant de tous les temps” et qui rajoute “il est impossible d’imaginer comment les gens vont écouter cette musique”.

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Malgré tout, l’album semble être prometteur, avec une approche musicale de vrais lyricistes qui s’oppose distinctement aux rappeurs hardcore de l’époque (DMX, Xzibit, ou encore les bons vieux acolytes de Compton, N.W.A). The Low End Theory affirme nouvellement la position alternative de A Tribe Called Quest. En effet, contrairement à l’aspect presque mainstream du gangsta rap du début des années ’90, avec comme thématique principale une réalité aussi dure qu’omniprésente (guerres de gangs et trafic de drogues, entre autres), A Tribe Called Quest préfère parler en positif, divaguer, ou simplement faire rire, comme nous le montre avec brio Phife Dawg dans “Check The Rime” :

Now here’s a funky introduction of how nice I am.
Tell your mother, tell your father, send a telegram.
I’m like an energizer ’cause, you see, I last long.
My crew is never ever wack because we stand strong.
Now if you say my style is wack that’s where you’re dead wrong.
I slayed that body in El Segundo then push it along.
You’d be a fool to reply that Phife is not the man
‘Cause you know and I know that you know who I am.

Le magazine Rolling Stone, après la critique très sévère du premier album, place en 2012 The Low End Theory à la 153ème position du classement des 500 plus grands albums de tous les temps, bien devant des classiques comme Life After Death de The Notorious B.I.G ou Illmatic de Nas.

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Influencés et influenceurs

Bien que sorti à une période où le gangsta rap était à son paroxysme, The Low End Theory s’y oppose en mêlant des samples issus du jazz (The Jazz Messengers, Lonnie Smith, Weather Report, Martin Denny), mais également du funk (Kool and the Gang, Funkadelic) et même du rock avec un sample de “Little Miss Lover” de messire Jimi Hendrix dans le morceau “Scenario”. Cependant, bien qu’avec un style très différent des rappeurs gangsters de la côte ouest, Q-Tip explique que l’album Straight Outta Compton de N.W.A a été une grande source d’inspiration pour la réalisation de The Low End Theory.

Comme toute référence musicale, A Tribe Called Quest a été et est toujours une source d’inspiration pour de nombreux rappeurs. Par exemple, il y a les jeunes et talentueux membres du collectif Pro Era –Joey Bada$$, CJ Fly, Dyemond Lewis, Nyck Caution et tutti quanti. Eux aussi sont issus des quartiers difficiles de New York, et utilisent à plusieurs reprises des samples de The Low End Theory pour des morceaux comme “No.99” (Joey Bada$$), “Wrecord Out” (Joey Bada$$, CJ Fly, Nyck Caution) ou encore “Sol Luna” (Joey Bada$$ et Dyemond Lewis).

En somme, The Low End Theory est un album intergénérationnel, incontournable pour les amateurs de la culture Hip-Hop, et s’offrant comme ressource indispensable pour les générations d’artistes présentes et futures.