Et si PNL et Arthur Rimbaud avaient quelque chose en commun ? Fabrice Luchini m’a dit que oui.

Alors avant d’entrer dans le vrai sujet de cet article, j’aimerais délaisser le côté écriture (que l’on abordera plus tard) pour parler en quelques mots de la qualité musicale qui accompagne les projets de PNL, et plus particulièrement le dernier en dateLes productions de Dans la Légende frôlent la perfection, fruit d’un travail merveilleusement réalisé par les différents beatmakers de l’opus. Même si elles n’ont rien de révolutionnaire, elles se révèlent très efficaces et sont conçues sur-mesure pour les deux frères. On retrouve ainsi des prod’ très variées qui alternent les styles : Trap avec « Da », Cloud avec « Naha », plus oriental avec « Luz de Luna » ou encore Reggae avec « Bené ».

L’usage de l’auto-tune est lui aussi très bien géré. L’utiliser, aujourd’hui tout le monde le fait. Aussi bien que PNL ? Très dur à réaliser. Le duo a le don de la mélodie et réussit parfaitement à marier le chant aux productions. Leur approche de l’auto-tune est tout à fait unique et chirurgicale. Si l’architecture est assez similaire à Que La Famille et Le Monde Chico, elle est en revanche plus travaillée, mieux structurée, et correspond parfaitement à l’univers musical de PNL. On peut en revanche se demander si le prochain album pourra également nous surprendre, ou si cette marque de fabrique si unique se révélera à force répétitive.

La musicalité des mots

Bon, je sais qu’en lisant le titre, vous vous êtes dit que l’auteur de ce papier devait être perché et que vous étiez tombé sur un article de Vice. Mais non, je vais essayer de vous expliquer calmement le point commun entre PNL et Arthur Rimbaud, et pourquoi il ne faut pas/plus se focaliser sur les paroles pour apprécier certaines œuvres. Le tout avec des propos de Fabrice Luchini s’il vous plait.

Des articles sur le cas PNL, en veux-tu en voilà, il y en a des dizaines, des centaines. Du plus banal “Qui est PNL, le phénomène du rap français”, à l’investigation la plus totale “Qui se cache derrière les clips de PNL ?”. Dans tous les cas, le duo fascine mais divise également bon nombre de nos chers concitoyens. Noisey et Yérim Sar vous expliquent même comment faire votre propre papier sur le groupe afin de surfer sur la vague PNL tel Patrick Swayze dans Point Break.

Certains les adulent (moi par exemple), alors qu’une autre partie les conspuent. Parmi les critiques les plus redondantes, “Oai mai lé parol c d’la merd, ya ocun efort décriture”. Bon, pourquoi pas. Cet argument me gêne cependant. Pourquoi le rap devrait avoir cette obligation du texte hyper travaillé, alternant entre rimes multi-syllabiques, rimes croisées le tout complété par des hémistiches. Certes, RAP signifie à l’origine (Rythm And Poetry), mais en 2016, ce genre musical a prouvé depuis déjà bien longtemps qu’il était dorénavant plus que ça.

Si on écoute de la musique, ce n’est pas forcément et uniquement pour le poids des paroles, mais pour ressentir des émotions spécifiques. Quand vous conduisez, que vous voulez danser, ou que vous êtes en soirée avec des potes, vous n’allez pas vous prendre la tête avec du Kery James. Une chanson à texte peut transmettre une émotion, de la même manière qu’une chanson faible en terme d’écriture. Dans ce dernier cas, la production aura un rôle primordial. Et ça, PNL est expert en la matière comme je l’ai abordé au début de l’article. Mais nous nous égarons.

Revenons donc à nos moutons. C’est en regardant une énième vidéo de mon guide spirituel Fabrice Luchini qu’un constat m’a frappé comme l’enchaînement de Conor McGregor face à Eddie Alvarez. Dans l’émission “On n’est pas couché” du 28 mars 2015, Fabrice Luchini, connu pour son obsession de la musicalité des mots, explique avoir récité un texte alors qu’il était dans un taxi.

“Me voilà dans la pauvre voiture, voiture très modeste, et j’ai mis la gomme. Et je suis bon au niveau vocal […], j’ai dit ‘J’ai vu des archipels sidéraux , et des îles dont les cieux délirants sont ouverts au vogueur’, et je me lance, le chauffeur s’arrête au feu rouge et me dit ‘Qu’est-ce que c’est beau… mais j’ai rien compris’ et sincèrement j’ai répondu ‘Ne vous inquiétez pas moi non plus.”

Début du récit en question à partir de 4 minutes:

Cet extrait de texte est issu de Le Bateau Ivre de Arthur Rimbaud. Selon les mots de Luchini, celui qui veut comprendre Rimbaud n’est “pas bien parti”, au contraire de Victor Hugo où ses textes sont clairs. Il faut parfois oublier le côté « rationnel » pour apprécier la beauté. 

Dans tous les cas, c’est quand j’ai entendu ce discours que j’ai fait le parallèle avec PNL. Alors je vous vois déjà m’insulter en avançant l’argument d’une comparaison entre l’un des plus grands poète de l’histoire Française et deux rappeurs sortis de la cité des Tarterêts à Corbeil-Essonnes.

Attention, je ne dis pas que les deux frères ont la plume aussi fine que le grand Rimbaud, loin de là. Bien-sûr que leur écriture est beaucoup plus simple, moins complexe, mais ils se rejoignent quelque part dans cette technique d’écriture qui défie la logique. Il faut parfois se laisser porter par la musicalité, la beauté des mots assemblés et oublier le sens. C’est en voulant à tout pris se concentrer sur les paroles, sur le sens, que l’on ne va pas apprécier le travail de PNL. Tout comme pour Rimbaud selon Fabrice Luchini.

Quelques exemples me viennent en tête pour illustrer mes propos:

« Le soleil se lève, temps et soucis dessinent le visage
La lune prend le relais, lance un dernier baiser dans l’virage
J’rattrape l’horizon, pressé, j’démarre en seconde
Infini chemin demain et du temps pour qu’on se trompe » « La Vie est Belle »

« La feuille est si belle, plus j’écris plus j’salis
Fleur de décibels, ma rage les contamine »

« Trop d’haine pour neuf mètres carrés
Tristesse faut pas calculer
J’aime pas tes rêves, cauchemars entassés
Le cœur qui brûle, sentiments glacés » « Jusqu’au dernier gramme »

Ces citations abstraites sont la marque de fabrique du duo. Les mots font un chemin direct sans passer par la case argumentation. Est-ce pour autant que cela ne veut rien dire ? Que cela n’est pas beau à écouter ? Cette technique d’écriture à priori simplette renforce en fait l’instantanéité, une manière de toucher sans détour. Cette manière d’écrire n’aurait bien sûr pas été possible il y a encore quelques années. Mais depuis le début de cette seconde décennie, le Rap s’est véritablement métamorphosé et réussi aujourd’hui à nous vendre autre chose que des paroles, c’est à dire une richesse musicale sans paraître. Voilà pourquoi aujourd’hui il est important d’évoluer avec ce courant, et bien comprendre qu’il y a assez de place pour plusieurs types de Rap. 

Si vous n’arrivez vraiment pas à outrepasser les paroles, essayez de vous dire que vous écoutez un groupe Pop ou Electro, et vous entrerez alors dans le monde merveilleux de PNL.