C’est une récente étude de l’Université de Californie à Los Angeles qui  le dit : l’offre de l’industrie musicale ne correspond pas à ce que les fans de hip-hop veulent entendre.

De nos jours, la radio et plus largement l’industrie musicale sont de plus en plus critiquées et décriées. On leur reproche souvent de faire majoritairement la promotion d’une musique diffusant des messages négatifs et superficiels : la violence, le crime, la consommation de drogues, la misogynie, le matérialisme… Bref, tous ces clichés qui dégradent l’image d’une culture pourtant si riche. Ces thèmes plus légers, nous en sommes inondés par les gros labels, ce qui poussent d’ailleurs de nombreux artistes indépendants actuels à scander “Fuck The Industry”.

Cependant, une nouvelle étude de l’Université de Californie, menée par Avriel C. Epps & Travis L. Dixon affirme dans ce contexte, que les auditeurs de rap sont au contraire, bien plus en quête de morceaux exprimant des pensées positives et des revendications sociales, plutôt qu’un énième hit prônant la futilité.

Comparer le contenu musical des charts et des réseaux sociaux.

Publié le 13 juillet dans The Journal of Broadcasting and Electronic Media,  “A Comparative Content Analysis of Anti- and Prosocial Rap Lyrical Themes Found on Traditional and New Media Outlets” est une étude dans laquelle dans un premier temps, de nombreux chercheurs ont examiné les paroles de Rap partagées sur les réseaux sociaux (particulièrement Facebook) par plus de 600 influenceurs du milieu. Dans un second temps, paroles ont été comparées à celles des chansons actuellement au sommet Billboard Top 11. Des morceaux tous issus de la discographie artistes bénéficiant de “l’appui et de la promotion traditionnels de la société de disques”, et le résultat est sans appel.

Selon un communiqué de presse annonçant les résultats de l’étude, “les chansons partagées sur Facebook contiennent majoritairement des paroles positives qui parlent de reconnaissance, d’exhalation de la foi, de spiritualité, d’éducation et d’engagement politique”.

Avriel C. Epps, l’une des étudiantes en charge des conclusions de l’étude

Autre segment de cette étude, lorsque les chercheurs ont analysé 213 chansons populaires issues des charts Billboard. Particularités de celles-ci ? Elles ont également été partagées sur Facebook par les 600 utilisateurs précédemment évoqués

Encore une fois, les chiffres parlent d’eux-mêmes : 47% de ses titres issus des charts évoquent plus fréquemment des thèmes “superficiels”, que les chansons partagées sur les réseaux sociaux.

En parallèle, les “thèmes politico-sociaux” sont abordés 16,5% plus souvent dans le contenu partagé sur les réseaux sociaux, que dans les chansons populaires dans les charts. Pour arriver à ce résultat, les chercheurs se sont appuyés sur des données précédemment établies dans d’autres études, mais aussi sur Genius, dans la démarche d’analyse des paroles.

“Ces résultats prouvent que les consommateurs de musique et surtout de rap sont loin d’être passifs. Ils prennent activement et consciemment des décisions sur les types de messages qu’ils veulent non seulement entendre, mais aussi partager avec des amis. (Avriel C. Epps, l’une des étudiantes en charge de l’étude)

La réponse des labels

Après une telle mise en lumière, il est évident que les labels n’ont pas manqué de réagir. Ainsi, Noah Preston, le vice-président de l’A&R de Def Jam Recordings, (abréviation d’Artists and Repertoire. Dans un label, il s’agit de la branche responsable de la découverte de nouveaux artistes ou de groupes à qui proposer un contrat), a affirmé que le streaming avait au contraire, permis au public, d’élargir ses horizons :

Le streaming a donné à chaque personne la possibilité d’écouter la musique de son choix. Dans l’ensemble, je pense que la tendance des paroles “négatives” dans le Hip-Hop va certainement se diriger vers un élan plus positif et diversifié. La raison étant que les labels ont traditionnellement suivi les tendances. Les textes “sociaux” étaient jusqu’alors majoritairement consommés par une élite de consommateurs, mais maintenant, nous vivons à une époque où la diversité est la clé. Et même s’il est vrai que beaucoup d’entre nous (les labels) apprécient parfois les paroles violentes, nous encourageons aussi d’autres thèmes plus pertinents de la culture hip-hop.

Une réponse qui, entretiens à l’appui, ont laissé Avriel C. Epps dubitative. Selon elle, cette parole de label ne va pas dans le sens des résultats de son étude. “Les cadres de label que j’ai rencontré et avec lesquels j’ai échangé ne semblaient pas réceptifs à ces changements”, dit-elle.

D’autant plus que ce “formatage” imposé par les labels, elle les a connues en tant qu’artiste elle-même. C’est d’ailleurs son expérience personnelle en tant que King Avriel qui l’a motivé à prendre les rênes de cette étude.

L’industrie de la musique urbaine est un lieu patriarcal. J’ai été frustré par le fait que certains labels me limitaient dans ce que je pouvais faire en tant qu’artiste. D’autant que je voyais clairement que les tendances sur les blogs et les médias sociaux contredisaient la plupart des arguments avancés par les dirigeants de l’industrie de la musique. Pour eux, les drogues, le sexe et la violence étaient les seules choses qui faisaient vendre dans la musique urbaine. J’ai voulu alors explorer cela et en avoir le cœur net grâce à la recherche.

Le sujet n’a donc pas fini de créer la polémique. Élaborée aux Etats-Unis, la tendance de cette étude ne devrait avoir aucun mal à se vérifier en France, bien que sans étude fiable, nous ne pourrons l’affirmer. Et vous ? Pensez-vous que la frontière entre ce que proposent les labels et ce que veut réellement le public s’élargit toujours plus ? Ou êtes-vous au contraire plus optimistes, en pensant que la tendance va s’inverser ?

Sur ces questions Hopsin donnait déjà son avis dans son titre “Ill Mind of Hopsin 5”. A vous maintenant, exprimez-vous dans les commentaires, le débat est ouvert !

https://www.youtube.com/watch?v=hRVOOwFNp5U