Grand absent des nominations des Victoires de la Musique, Damso pourrait bien payer le contexte actuel qui cherche à éteindre le feu des réseaux sociaux, avant la moindre étincelle.

Chaque année, les Victoires de la Musique dévoilent leurs nominés et, chaque année, le même épisode est diffusé sur Internet : les contestations. Et parmi celles-ci, une semble être tout à fait justifiée : où diable est Damso ? Indétrônable sur la scène hip-hop, le rappeur bruxellois ne figure dans aucune des catégories dans lesquels il aurait pu comparaître. Artiste masculin de l’année ? Non. Album révélation de l’année ? Non plus. Album de musique urbaine ? Toujours pas. Un snob incompréhensible. Et si Orelsan semble toutefois représenter le paysage rap au milieu de Soprano et Bernard Lavilliers dans la catégorie des artistes masculins, l’absence de Dems dans les deux autres catégories laisse place à quelques questions.

Damso au pied du podium ?

Commençons par la polémique “soft”. Celle qui, d’année en année, refuse que le rap prenne d’assaut les Victoires de la Musique. C’est vrai après tout, l’institution souhaite mettre en place un principe d’équité, tout à fait normal, entre les différents univers artistiques. Sans quoi, le hip-hop, qui a placé la barre relativement haut en 2018, aurait pu annexer l’intégralité des catégories. C’est sûrement l’une des raisons qui explique l’absence très difficilement justifiable de Damso dans les “Révélations”. Un triple disque de platine et un album entièrement certifié ; difficile de faire mieux en termes de révélation. Néanmoins, il s’agit là de contestations “discutables”. 

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Damso balance "SEULTOU" un second morceau inédit

Incontestablement artiste hip-hop de l’année, Damso n’a été retenu dans aucune catégorie des Victoires de la Musique.

Celle qui semble l’être un peu moins, c’est l’absence du Bruxellois dans la catégorie des « Albums de musiques urbaines ». Pour rappel, les trois nommés étant Orelsan avec La fête est finie, Lomepal avec FLIP et BigFlo et Oli avec La vraie vie. Que les choses soient néanmoins très claires : il est évident que ces trois opus sont très complets artistiquement et méritants. Cependant, Ipséité, adulé par la critique artistique, auréolé de plusieurs records de ventes implacables, semblait coffrer un totem d’immunité indiscutable. Dans tous les sondages des sites spécialisés, Ipséité trône dans les premières places. Et dans une grande majorité, il obtient la médaille d’or.

Un contexte social pesant ?

Peut-être, et il ne s’agit là évidemment que de suppositions, les Victoires de la Musique ont-elles préféré appréhender une plausible polémique ? En effet, il y a plusieurs mois, Damso se trouvait dans l’oeil du cyclone médiatique après avoir été choisi comme interprète de l’hymne belge pour le mondial de football en Russie. Plusieurs associations, notamment féministes, se sont levées au créneau de l’autre côté de la frontière pour que la fédération belge revienne sur sa décision. Au final, le Bruxellois a été maintenu, en condamnant ces prises de position sur Instagram et en teasant son morceau “Humains”. Pour les Inrocks, le rappeur était revenu sur cette polémique.

« Je me dis que ce genre de polémiques crée le mythe. Si tout le monde comprenait directement mes paroles, ça serait moins drôle. Je me dirais que j’ai raté mon coup et que les punchlines sont trop faciles. La musique c’est juste une succession de bruits, il ne faut pas la surinterpréter. »

Les contestations sur le choix de la fédération belge avait notamment souligné le clivage culturel qui opposait le rappeur à la sphère plus “mainstream”. Et si les Victoires de la Musique avait préféré mettre de côté le MC, justement pour éviter une nouvelle polémique du genre ? En outre, une distinction du rappeur dans une catégorie phare, comme dans les “Artistes Masculins de l’année” mettrait ses paroles, une nouvelle fois, au coeur des contestations. Les Français ne semblant pas encore prêts à comprendre l’univers du rappeur.